Les petits anges du matin

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Aux aurores, décidée, j’attendai un bus pour aller découvrir le cimetière de Loyasse, enfin, et sous la neige. Mais sous la neige, pas de bus… Alors, un peu déçue, je me suis dirigée vers le cimetière de la croix rousse. J’étais partagée entre une chonchonnade dûe au fait que j’étais dans l’impossibilité d’accomplir la mission que je m’étais fixée, et l’enthousiasme, cependant, de retourner enfin au cimetière.

Devant les portes, aux alentours de l’heure d’ouverture, je n’étais pas seule. Un monsieur était là, venant d’Oullins m’a-t-il dit, comme tous les mardi depuis treize ans, pour rendre visite à sa femme. Il portait un panier vide, je pense qu’il avait prévu de faire son marché en partant. Je fus touchée par sa simplicité, ce rapport, entrevu pour la première fois, entre un vivant et un mort, par le biais de la sépulture. Voilà, entre autres pourquoi je me perds dans ces lieux de recueillement, je pense que je cherche mes morts. Lui avait la sienne, bien vraie, bien là.

Personne ne venait ouvrir le lourd portail, alors j’interpellai la première personne que je vis. On nous dit que le cimetière n’ouvrirait pas ses portes, comme la veille, pour cause d’allées glissantes et dangereuses. Le monsieur a accepté, un peu dépité tout de même, cet état de fait. « Je viens aussi le vendredi parfois… ».

Après tout ceci, je ne pouvais rendre les armes. Il FALLAIT impérativement que je rentre. Je le vis partir, sur le trottoir glacé, avec son panier. J’entendai, quelque chose, sa femme peut-être, ou tous les autres, ou les Christ, je ne savais pas vraiment, mais je devais entrer, voir ces tombes sous la neige, ces allées blanches et vierges. Alors j’ai insisté, j’ai parlementé, j’ai offert des compromis, du mauvais côté des grilles, je voyais au moins ce à quoi peut-être je n’aurais pas droit, comme une enfant gâtée. Et comme une enfant gâtée, j’ai obtenu ce que je voulais.

Je remercie donc de tout coeur la directrice du cimetière de m’avoir enfin ouvert le gros portail, je la remercie de m’avoir offert les séries que vous allez voir. J’ai décidé d’en faire plusieurs articles. D’une part parce que c’est comme une boulimie d’images de retour dans cet endroit que j’aime tant, d’autre part parce que la neige n’est pas là souvent, et que ça vaut le coup.

Cette séance de prise de vues était un grand moment. Imaginez vous le calme, encore plus paisible. Le bruit de vos pas dans la poudreuse, pas d’autres traces que les vôtres. Et puis dès le début j’ai compris. Je crois que ce sont les anges qui m’appelaient. Les voici pour cette série.

2 commentaires

  1. Le portail s’est ouvert, tu as marché et là, tu as vu les anges, si doux, si tendres, qui t’attendaient en souriant, tout heureux de cette blancheur qui leur va si bien… Que t’ont-ils raconté ? Ont-ils chanté ?
    Le sourire, la voix des anges et la neige blanche : quel joli voyage tu as fait ce jour-là !!!!

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