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MrJ. et la photographie

MrJ. et la photographie

MrJ et la photographie

Le voyage que propose MrJ est avant tout l’humanité à travers le Clown. Les pieds ancrés dans la boue du quotidien ; les yeux et le coeur rivés vers le ciel, il est l’artiste et l’acteur de sa propre vie. La parole et le geste deviennent le socle de son travail. Mr.J expérimente les textes de la Genèse et de l’Apocalypse afin de se découvrir lui-même.

Lors de notre rencontre, j’ai été touchée par l’empathie, la sensibilité, la générosité de Domenico Boasso, et Mr. J.
J’avais déjà entamé une réflexion sur la «force fragile» de l’homme, notamment lors de mes déambulations dans les cimetières, et mon travail dans les blocs opératoires. Notre existence, mortelle, éphémère et longue à la fois, est parsemée d’épreuves, que chacun appréhende à sa façon. Nous sommes tous susceptibles de révéler une force insoupçonnée, même fragilisés et abîmés. Tant d’un point de vue du corps que de l’âme. Cette force peut donc être révélée, ou anéantie. C’est une «force fragile», ou «fragile force».

Le personnage de Mr. J se trouve exactement dans cette fine révélation. C’est un solitaire, ami avec lui-même, entouré d’autres personnages qui le dénigrent. Il a une forme de langage rare, simple et concis, une mélancolie discrète, une silhouette grande et fine, un regard plein de force, une gestuelle sûre autant que démesurée. On croit parfois regarder un enfant, oubliant que l’interprète incarnant Mr. J n’en est plus un.
Je cherche, lors de nos sessions de travail, à mettre en image tout ceci en laissant vivre Mr. J quelques heures dans différents lieux. Il s’adapte, évolue dans son monde, si proche de notre réalité à tous.

Par le biais de ce travail photographique, je souhaite proposer au spectateur, au visiteur, un regard sur sa propre vie, car il y a un Mr. J en chacun d’entre nous. Et pas seulement dans notre imaginaire. Les situations auxquelles est confronté ce clown dans sa vie sont, par métaphore, transposables dans notre quotidien. L’amour, l’amitié, le devoir, les prises de décisions, l’honnêteté, la solitude, le travail, la recherche de notre propre chemin. Il s’agit d’amener, de façon poétique, une prise de conscience et une acceptation de notre force fragile. L’exposition pourra accueillir une performance de Mr. J, en ma présence avec mon appareil photographique, comme une mise en abîme du personnage face à lui-même. Le public regarde vivre Mr. J qui se regarde vivre, photographié à son tour par la photographe dont le travail lui permet de se regarder.

Le livre
« La balade de MrJ. » a été édité chez Peuple Libre, avec les textes de MrJ (Domenico Boasso, et les graphismes de Julie Lafont.

«Cette histoire naît d’une rencontre. Celle entre lui et le mouvement. Le mouvement de l’oeil et du corps.

Elle, laisse ses empreintes là où elle se pose, lui, ouvre un espace où placer son regard, un regard.
L’oeil et le mouvement, l’espace et le temps.
Laisser aller, arrêter, respirer.
Elle tâche de trouver la voix de l’intérieur, lui, celle du bonheur.
A deux, par bribes et par éclats, osent chercher la voie, une voie.»
Domenico Boasso

Mon travail se joue à l’instant du déclenchement.  Je patiente et déclenche quand l’angle de vue et le sujet sont à mon sens, en adéquation. Je m’efforce d’attendre et fuis la boulimie permise par le numérique. Mon traitement des photographies est identique à celui que j’aurais pu effectuer dans un laboratoire argentique, je travaille la colorimétrie et la lumière, je revendique la «non-retouche».

Mon corps est un outil indispensable, je cours, me tortille, m’étire et attends. Comme pour tous mes autres travaux, mais peut-être plus encore, je me suis attachée à respecter et tenter d’attraper ce que le réel m’offrait à voir. On m’a dit récemment que cette «Balade» était archaïque, et j’aime assez cette qualification, dans le sens où elle ne permet pas d’artifice, de tricherie, ou de mise en scène. Les portes du rêve et de l’imaginaire sont ouvertes dans cette série par la présence même du personnage de Monsieur J, créé par Domenico Boasso. Pour les prises de vues, Monsieur J se mettait en route, vivait pleinement environ deux heures, se laissait aller à ses découvertes et pérégrinations. J’étais là, souvent derrière à courir, toujours aux aguets, et je photographiais ce personnage bien réel, si proche et loin à la fois. Jamais de poses, de directives, je le laissais totalement libre de ses faits et gestes. Nous avons organisé ces séances dans une dizaine de lieux différents, suivant les saisons.

J’ai cherché à mettre en évidence la force fragile de ce grand et fin personnage, rêve éveillé, afin de renvoyer à chacun de nous des instants flottants de doute, de questionnement, de découverte sur ce qui nous entoure et nous est familier. Il pourrait s’agir de voyeurisme, si le nez rouge n’apparaissait pas.
Les photographies «rondes» ont été prises avec un pare-soleil trop grand pour mon 24mm. Il permet de créer dès la prise de vue un rendu tout à fait particulier.

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