Cosmos

Cosmos

Afin d’établir toujours un raisonnement au-delà de mon instinct photographique, j’aime chercher dans la littérature ou les écrits pour appuyer mon ressenti.

Il y a là un fait fort intéressant, à propos du Cosmos. Dans l’encyclopédie Larousse de 1923, Cosmos comme nom commun désigne une famille de plantes, mais pour ce qui concerne tout ce qui nous entoure il fait seulement référence à des titres d’ouvrages (Aristote, « Kosmos ou lettre sur le monde » et A. de Huboldt, descriptif physique du monde, mais n’a pas de définition propre. En revanche, il existe
– Cosmoscope : appareil permettant la projection directe des corps opaques, ou transparents, sans adjonction de cône ou d’écrans spéciaux, ainsi que
– Cosmosophie, de Kosmos le monde et Sophia, sagesse, étude des lois générales de l’univers.

D’après Larousse en 2020, le cosmos est « l’Univers et ses lois, ou, plus généralement, tout univers, réel ou issu d’une conception scientifique ou fantastique. »

Ce travail fait suite à des réflexions qui m’ont percutée au printemps 2020, un déclic, une prise de conscience qui dessine les linéaments des conséquences de notre présence ici.
J’ai intimement intégré le fait que nous, humanité, habitons cette planète comme si elle était seulement nôtre. Nous nous sommes appropriés les lieux, génération après génération. Nous y bâtissons, circulons, exploitons, creusons, laissons des traces, certaines éphémères, d’autres frôlant l’éternité. Nous squattons, dans le sens ou nous nous octroyons l’hégémonie sur tout le reste du vivant, et je me demande désormais de quel droit… Quelle inconscience, quel mépris, quelle vanité, quelle arrogance avons-nous ! Peu de gens aujourd’hui gardent la place raisonnable que la nature nous propose.
Ces images racontent le silence de notre passage, les reliques de ceux qui étaient et ne sont plus, ce silence propre aux réflexions immenses. « Cosmos » exprime le tout dans le rien, le peu dans le beaucoup, le presque comme un ensemble, tout marqué par notre présence.

J’ai peint à la lampe frontale, la nuit, des arbres, bosquets, fleurs, résidus du travail humain dans la nature, avec mon petit outil de lumière. Je voulais littéralement mettre en lumière le rapport que nous entretenons avec le végétal, un avant-goût respectueux de ce qui peut être souvent bien pire. Les traces de l’homme sont partout, comme un bruissement incessant, alors que nous ne sommes presque rien. En parallèle j’ai photographié des objets, inertes, produits par la nature ou manufacturés, et le renouvellement des uns amplifie la déliquescence et l’inintelligence des autres.

Marie Bienaimé, Mai 2020 Juin 2022

Ce travail a été présenté dans le Niepcebook n°14, une très jolie édition portée par Corridor Elephant.

Voir l’article de blog dédié.